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Témoignages sur la guerre d’Algérie au lycée Lucie Aubrac de Pantin le 31 mars 2026

vendredi 24 avril 2026, par Gérard C , Christian Travers

Proposé par Christian Travers

Témoignages à Pantin 31 mars 2026. Photo des intervenants

Le 4 février de l’année passée j’avais eu la possibilité d’organiser dans ce lycée Lucie Aubrac de Pantin une séance de témoignages avec l’équipe avec laquelle je témoigne le plus souvent c’est-à-dire Rahim Rézigat, jeune militant FLN en France pendant la guerre, Jacqueline Gozland- Messaoudia, représentante des juives d’Algérie de Constantine, et Messaoud Guerfi, ancien harki.

Malheureusement Messaoud, pour des raisons de santé, n’avait pu nous rejoindre en février 2025 mais ce 31 mars il était bien là pour témoigner, lui aussi et avec nous, devant des élèves de terminale HGGSP (Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques) et aussi quelques élèves de première.

Nous avions été une nouvelle fois invités par Madame Émilie Pastor-Pons, professeur d’histoire géographie. Deux de ses collègues étaient également présents ainsi que la Conseillère Principale d’Éducation.

Nous avons retrouvé le même accueil chaleureux d’Émilie et les élèves d’HGGSP constituent un public de choix puisque le programme de ces classes prévoit l’étude des grands enjeux du monde contemporain et en particulier les problématiques de la guerre et de la paix et les modes de résolution des conflits.

De manière exceptionnelle et grâce à un aménagement des emplois du temps nous disposions de 3 heures pour évoquer notre vécu et notre ressenti dans une présentation liminaire et d’un temps suffisant pour donner la parole aux élèves et répondre à leurs questions.

Je ne reprendrai pas ici ce qui constitue l’essentiel de la parole des intervenants. Elle diffère peu de ce que j’avais noté lors de notre présence en 2025 dont le compte rendu figure sur notre site à la date du 11 février, mais je peux, en revanche, rendre compte des questions des élèves et des éléments de réponse que nous avons tenté de fournir et que j’ai pu noter.

Rahim, pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le Front de Libération Nationale ?

Il y a deux réponses à fournir. Il y a d’abord un engagement politique qui allait de soi en faveur de l’indépendance algérienne. Je vivais à Saint-Étienne dans un hôtel tenu par un de mes oncles et je subissais l’influence du milieu des émigrés algériens dans lequel je vivais. Mais je ne peux éluder la lutte fratricide qui régnait alors entre le MNA (Mouvement National Algérien) et le FLN. Les adhésions à l’un ou l’autre dépendaient principalement des quartiers de la ville où on se trouvait. J’étais allé à l’école, je parlais assez bien le français et j’étais même capable de l’écrire. J’exerçais dans cet hôtel une fonction d’ « écrivain public » qui me valait l’estime, la considération et l’affection de beaucoup. C’est peut-être pourquoi alors que je n’avais que 17 ans on m’accusa de contribuer à la reconstitution d’une cellule du FLN. J’ai alors subi une incarcération d’un mois dans un commissariat puis un transfert au camp du Larzac.

Tous, vous témoignez ensemble depuis plusieurs années. Votre vision des choses a-t-elle évolué, avez-vous vécu des situations conflictuelles entre vous ?

Il y a pu y avoir des visions différentes entre nous, selon les livres que nous avons lus, les personnes que nous avons rencontrées, mais nous avons toujours respecté le vécu et la parole de l’autre avec un esprit de tolérance et de bienveillance réciproque et le souci de la fraternisation. Entre le membre du FLN et le harki le dialogue a pu être un temps difficile, mais il est désormais totalement détendu et respectueux pour ne pas dire amical.

D’une façon plus générale on doit retenir que si l’on constate aujourd’hui une déchirure, une situation conflictuelle, entre les gouvernements de la France et celui de l’Algérie, le peuple algérien sait faire la différence entre les gouvernements de l’époque qui ont pris des positions à contre courant de l’histoire et se sont comportés avec férocité, et le peuple français avec qui il existe bien, en Algérie, un désir de fraternisation.

Les historiens sont-ils intéressés par vos témoignages ?

Bien sûr, ils s’appuient d’abord sur les archives qu’ils consultent dans des bibliothèques spécialisées, mais ils font aussi leur miel des « archives vivantes » que constituent les acteurs de cette guerre et celles et ceux qui en ont été témoins. Ceux-là ont disparu où vieillissent mais parfois ils ont pu écrire ou livrer leurs témoignages dans des films auxquels les historiens peuvent se référer. Ainsi la 4ACG a publié un livre chez l’Harmattan « Guerre d’Algérie, guerre d’indépendance, paroles d’humanité » qui met en scène des récits d’anciens appelés, de militants FLN, de harkis et de pied noirs et que ce dialogue reste alimenté grâce au blog « mémoires à suivre ».

Qu’avez-vous ressenti au moment de l’indépendance de l’Algérie ?

Selon les situations les réponses divergent. Un immense soulagement pour certains. Un bonheur indescriptible pour d’autres, un sentiment de liberté, mais aussi pour les harkis et les pieds noirs, une épreuve devant l’exacerbation d’un sectarisme mortifère, et l’expression de cassures et de divisions de la société bâties souvent sur des présupposés et la méconnaissance des faits et situations.

Pourquoi et comment en êtes-vous venus à témoigner dans les lycées ?

Rahim et Messaoud, chacun dans des orientations différentes, ont été amenés à militer très tôt dans leur association qu’ils ont parfois créée. Christian a rejoint plus tardivement la 4ACG et très vite, à partir de là, il s’est particulièrement investi dans ces séances de témoignages. Les quatre intervenants estiment que par leurs témoignages ils contribuent à l’établissement d’une vérité, à la déconstruction des messages partisans qui peuvent être délivrés dans les familles. Ils sont aussi persuadés que leur message de tolérance, de fraternité, d’incitation à la vigilance et de paix sont essentiels dans la période bouleversée que nous traversons. Ils se félicitent de voir que l’ONACVG a pris l’initiative de l’organisation d’interventions dans les écoles et que ces actions sont soutenues et encouragées au plus haut niveau de l’état.

Christian Travers

En pièce jointe article de Madame Pastor-Pons

Édité par Gérard C

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