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Témoignages sur la guerre d’Algérie au collège Alfred Sisley de l’île-Saint -Denis le 9 avril 2026

vendredi 24 avril 2026, par Gérard C , Christian Travers

Proposé par Christian Travers

Collège Alfred Sisley de l’Ile-Saint-Denis - 9 avril 2026

C’est à l’initiative de l’ONACVG que 4 témoins ont été appelés à témoigner le 9 avril devant les élèves de la classe de troisième du Collège Alfred Sisley de la ville de l’île-Saint-Denis, située au nord de Paris
Nous avons été accueillis de façon particulièrement chaleureuse par la principale adjointe et les deux professeurs à l’origine de ce projet, Madame Petitjean, professeure de français et Madame Gaubert, professeure d’histoire et géographie.
Le principal, Monsieur Hamadou Cissé-Briantais a tenu à assister à la totalité de notre intervention qui a duré deux heures et il nous a accompagné pendant le repas que nous avons partagé sur la terrasse du collège.
Selon le format habituel préconisé par l’ONACVG, la séance s’est déroulée en deux parties.
Après une présentation du contexte par Emma Coutin et Chloé Créoff qui représentaient l’ONACVG nous étions appelés à exprimer notre vécu et notre ressenti pendant 10 à 15 minutes puis à nous livrer dans un second temps à une séquence de questions-réponses

Il y avait là pour intervenir :

Rahim Rezigat qui fut pendant la guerre un jeune résistant du FLN. Accusé de contribuer à la reconstitution d’une cellule du FLN à Saint-Étienne il fut pendant plus de deux ans emprisonné successivement aux camps du Larzac et de Thol. Lorsqu’il fut libéré et qu’il travaillait en région parisienne il réussit à se soustraire à la répression que connurent les manifestants du 17 octobre 1961 en se dissimulant dans un parc. Lorsqu’on l’appela pour effectuer son service militaire il devint insoumis et se réfugia en Allemagne.

Serge Carel dut pendant la guerre choisir son camp. Il n’y avait pas de place pour les indécis et le choix de la loyauté vis-à-vis de la France s’imposait à lui. Son père avait combattu auprès des Français pour chasser l’envahisseur allemand. Son frère s’était engagé dans l’armée française pendant la guerre d’Indochine. Comme il comprenait et parlait l’arabe, l’amazigh et le français il a assuré pendant la guerre des fonctions d’interprète.
À la fin de la guerre il n’a pas pu échapper à l’emprisonnement et à la torture en raison de sa collaboration avec l’armée française. Il réussit à s’évader du gourbi où il était emprisonné, gagna la France et put abandonner son nom arabe en obtenant un nom français.

Nicole Ferrandis habitait à Alger dans le quartier populaire de Bab-El-Oued. Sa famille qui venait d’Espagne était installée en Algérie depuis 4 générations. La crainte des attentats était permanente, dans les cafés, les bus, les stades, les cinémas… L’évolution des positions du général de Gaulle déstabilisa sa communauté et sa famille manifesta le 26 mars 1962 rue d’Isly à Alger. Sa sœur aînée a été tuée et deux autres sœurs plus jeunes ont été grièvement blessées. Elle s’est engagée pour que ce massacre (49 morts et 200 blessés) soit reconnu et que la mémoire de ces victimes civiles ainsi que celle des disparus de l’époque soit inscrite suer le mémorial de la guerre d’Algérie érigé quai Branly à Paris.

Christian travers représentait les appelés.

Échantillon des questions relevées :

Pendant la guerre vous vous êtes trouvés dans des camps adverses et vos témoignages l’ont exprimé. Comment faites-vous pour aujourd’hui témoigner ensemble ?

C’est en partie ce que nous essayons d’exprimer en nous rejoignant, côte à côte sur la même estrade. C’est en effet un message de tolérance et de paix que nous souhaitons transmettre. La nécessité d’écouter l’autre avec ouverture d’esprit et bienveillance. Nos convictions hier, et même aujourd’hui, peuvent être différentes, mais nous nous écoutons avec respect et parfois nos opinions peuvent évoluer par l’écoute de l’autre.
« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis » écrivait Saint-Exupéry.

Pour vous harki, comment s’est passée votre arrivée en France, un pays que vous ne connaissiez pas ?

L’Algérie, pour moi, dans mon enfance, c’était le paradis, mais je me suis toujours senti français. L’arrivée en France a été pour moi très difficile. Tout était différent, mais à force d’efforts j’ai pu m’adapter. J’ai eu une vie heureuse en France et mes derniers souvenirs d’Algérie sont terribles. Je n’y suis jamais retourné et n’y retournerai pas.

Madame Ferrandis quel a été votre plus grand traumatisme ?

Bien sûr ce sont les fusillades de la rue d’Isly. Une sœur morte, deux blessées, dont une est restée handicapée. Ce sont des souvenirs ineffaçables. Je les ai surmontés par le militantisme, mon travail de recherche sur ce massacre qui a abouti en 2022 à la reconnaissance par le président de la République de la qualification de cette folie meurtrière d’« impardonnable pour la République ».

Christian Travers

Édité par Gérard C

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