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Témoignages sur la guerre d’Algérie au Collège Les Ormeaux de Fontenay-aux-Roses, le lundi 31 mars
samedi 5 avril 2025, par ,
A l’initiative de deux professeurs d’histoire et géographie, Monsieur Peyresaube et Madame Lavergne, et grâce à l’intervention pour l’organisation de l’ONACVG, les témoins avaient été invités dans ce collège où quelques jours auparavant une professeure d’Education Physique et Sportive avait été agressée par trois élèves du lycée voisin.

Pour cette séance qui s’est déroulée devant deux classes de troisième, quatre témoins avaient été sollicités : Rahim Rezigat pour représenter les indépendantistes, Serge Carel pour les harkis, Gérard Guibilato pour les Européens d’Algérie et moi-même, Christian Travers, pour les anciens appelés.
Quatre personnes représentaient l’ONACVG : les deux responsables habituels pour l’Ile-de-France Emma Coutin et Xavier Dubois, et deux responsables représentant le département des Hauts de Seine.
En outre Jean Baneth, appelé lors de la guerre d’Algérie avait été invité comme observateur en vue de l’impliquer dans de futures interventions dans les collèges et les lycées.
Déroulé habituel : interventions de chacun des témoins pendant 15 minutes suivies d’une séquence de réponse aux questions.
Serge Carel indique qu’il est né en 1937, dans un village où toutes les catégories de la population vivaient en bonne harmonie mais après la Toussaint rouge qui a marqué en novembre 1954 le début de l’insurrection la méfiance s’est installée entre les habitants. Un jour un leader local a rassemblé les hommes afin de les convaincre de la nécessité de recourir à la lutte armée et de rejoindre le maquis. Pour lui, c’était hors de question. Son père avait fait la première guerre et deux de ses frères avaient combattu en Indochine. Sa fidélité il ne pouvait l’exercer qu’au profit des Français et de la France et c’est pourquoi, volontairement, il s’est engagé comme harki. Il a souvent servi d’interprète, mais il a aussi mis a disposition pour son capitaine sa connaissance du terrain pour combattre les ennemis de l’ALN.
Lorsque le cessez-le-feu puis l’indépendance ont été proclamés sa situation est devenue périlleuse. Sa tête a été mise à prix. Il a abandonné ses vêtements militaires et a tenté de fuir son village. Après divers incidents il a fini par être arrêté, emmené dans un cabanon, ligoté, torturé nuit et jour, de toutes les manières. Il n’était pas le seul a être considéré comme traître. Beaucoup sont morts et ont été jetés dans les tombes qu’ils avaient creusées. Heureusement parmi ses gardiens se trouvait un homme qu’il avait contribué à sauver dans son emploi de Harki. Celui-ci savait que sa mort était programmée et par reconnaissance il l’a aidé à fuir.
Serge a pu alors après de nombreuses péripéties arriver à Alger où il avait de la famille. Il a pu s’y cacher pendant 2 ans, a pu se procurer de faux papiers et en 1964 il a pu prendre un bateau pour la France.
Facilité par son activité au service de la France il a pu alors engager des démarches pour prendre un nom et un prénom bien français et obtenir la nationalité française. Il n’est jamais retourné en Algérie.
Rahim Rezigat , né en 1940, a rejoint Saint Etienne où il avait deux oncles qui s’étaient installés après avoir combattu aux côtés des Français pendant la guerre de 39/45. Les Algériens étaient alors étroitement surveillés et un jour alors qu’il était encore jeune il fut incarcéré à la suite d’une rafle. Pendant deux jours, coups violent, humiliations, tortures puis au bout d’un mois envoi pour le Camp du Larzac, puis le camp de Thol, puis retour au Larzac.
Enfin libéré il alla travailler à Paris et le 17 octobre 1961 il a pu se cacher et éviter le massacre qui a eu lieu ce jour-là.
Au moment où il fut appelé pour effectuer son service militaire il a pu fuir en Allemagne afin d’éviter l’incorporation.
Gérard Guibilato est né en 1950 à Philippeville, une ville bâtie sur des ruines romaines. Dans cette ville les immigrés étaient généralement d’origine italienne ou maltaise et lui est le descendant d’une famille de pêcheurs napolitains installée en Algérie depuis 4 générations.
Il se souvient d’une scolarité à l’école et au collège avec une grande mixité des populations et où le football était un lien essentiel. On lui a raconté que dans sa ville une insurrection très violente avait eu lieu en 1955 entraînant la mort de nombreux européens. Trois membres de sa famille qui vivaient dans un village voisin ont été cruellement assassinés. Il s’en est suivi une répression brutale des autorités françaises et la violence et l’enchainement des violences ont suivi jusqu’au cessez-le-feu et même au-delà puisque des attentats de l’OAS ont perduré jusqu’à son départ en France le 30 juin 1962.
Il a envisagé de revenir en Algérie à l’occasion d’une opportunité professionnelle, mais il a vite senti qu’il n’était pas le bienvenu et il a abandonné cette piste.
Il est heureux d’avoir témoigné ici et pour la première fois. Il pense que l’essentiel est de reconnaître les faits et les blessures mutuelles et éviter tout ressentiment de part et d’autre.
Christian Travers est né en 1940. On connaît bien Christian et la teneur de ses témoignages, qui concluent souvent les nombreuses interventions en milieu scolaire auxquelles il participe et dont il rédige pour nous des compte-rendus fidèles et détaillés.
Parmi les questions posées par les élèves :
– Monsieur Carel comment avez-vous été accueilli en France ?
– Aujourd’hui comment les Algériens sont-ils accueillis en France et comment les Français sont-ils accueillis en Algérie ?
– Monsieur Guibilato, avez-vous des regrets d’avoir quitté l’Algérie et comment avez-vous été accueilli en France ?
– Monsieur Carel, quel sentiment éprouve-t-on en voyant des morts que ce soit des ennemis ou des camarades de combat ?
Christian Travers
Édité par G C
Voir en ligne : Transmission de l’histoire et des mémoires de la guerre d’Algérie
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre