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Vu de l’étranger : si le Rassemblement national vient à gouverner…

jeudi 4 juillet 2024, par Michel Berthélemy

Chaque semaine, “Courrier international” explique ses choix éditoriaux et les débats qu’ils suscitent au sein de la rédaction. Dans ce numéro, nous revenons sur le choc mondial provoqué par les résultats du premier tour des élections législatives, le 30 juin. Réactions, analyses, reportages… la presse étrangère tente de comprendre ce qui motive en profondeur le vote RN et dessine les contours de ce que pourrait devenir une France dirigée par l’extrême droite.

Courrier international – Claire Carrard - 3 juillet 2024

“Quand l’impensable devient plausible” : le titre de l’éditorial du Guardian, mardi 2 juillet, traduit assez bien la tonalité de la presse internationale ces derniers jours, après le premier tour des élections législatives. Le monde entier regarde la France sombrer dans l’inconnu, et partout on semble mesurer la gravité du séisme politique en cours. Au point que plusieurs journaux (dont El País, La Repubblica ou encore le Financial Times) appellent à reconstruire le front républicain pour faire barrage à l’extrême droite.

Chez nos voisins européens, comme aux États-Unis, en Algérie, au Liban, en Australie ou encore à Singapour, le scrutin a été suivi de très près, car les conséquences du vote français dépassent largement nos frontières. “Ces élections pourraient être le vote le plus dévastateur depuis la Seconde Guerre mondiale pour la France. Mais en sapant l’‘ordre mondial d’après-guerre’, elles pourraient aussi bien déstabiliser l’UE, l’Otan et l’Occident dans son ensemble”, affirme carrément le site d’information shanghaïen Guanchazhe. Sans aller jusque-là, il est notable de constater que la presse chinoise, d’ordinaire si prudente, a déjà consacré plusieurs articles à la situation dans l’Hexagone.

C’est dire l’enjeu de ce qui est train de se jouer aux yeux de la presse étrangère. À cela, une explication : “La France est une balise politique”, écrivait Madeleine von Holzen, le soir même du scrutin, sur le site du quotidien suisse Le Temps. “Elle a érigé des principes républicains qui placent l’universalisme au sommet de ses valeurs. Ce pilier hérité de la philosophie des Lumières affirme l’existence d’une unité du genre humain et celle d’un état de droit pour tous les citoyens. C’est le refus des particularismes, privilèges et inégalités de droits. Voir la France s’en éloigner, c’est se mettre à douter de la possibilité d’une société humaniste.”

C’est cette inquiétude qui transparaît largement dans les analyses de la presse internationale depuis deux semaines. Encore abasourdis par la dissolution annoncée brutalement le 9 juin, les correspondants étrangers en France n’en finissent plus d’épiloguer sur les motivations du président jugé largement responsable du désastre qui s’annonce. Emmanuel Macron a non seulement dissous l’Assemblée, mais il a aussi dissous le macronisme, juge ainsi Roger Cohen dans The New York Times. “Macron joue et perd la République”, titre le journal de gauche Die Tageszeitung. “Micron”, ose de son côté le quotidien milanais Libero, comme pour souligner la faiblesse du score du parti présidentiel.

Mais c’est surtout la possibilité de voir le Rassemblement national accéder au pouvoir qui retient l’attention des médias étrangers. Que se passera-t-il si Jordan Bardella entre à Matignon ? En matière de culture, d’intégration, sur le plan économique, à l’international, le programme du RN effraie : quelques jours avant le premier tour, le site Nawaat racontait ainsi la peur des Franco-Tunisiens face à la progression de l’extrême droite en France. Ils sont nombreux désormais à songer au départ face à la “libération de la parole raciste”, explique Teycir Ben Naser.
En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitung a passé au crible le programme (ou plutôt le non-programme) du RN en matière de culture, et le verdict est sans appel. Même chose du côté de la politique étrangère : “Les résultats de l’élection vont sans doute alarmer de nombreuses capitales européennes”, prédit The Washington Post.
Pour comprendre comment on en est arrivé là, les correspondants de la presse étrangère sont repartis à la rencontre des électeurs du RN. C’est l’autre partie de notre dossier cette semaine, avec un article remarquable publié dans l’hebdomadaire Die Zeit. Il y est question de “l’âme blessée des Français” et des paradoxes d’un pays admiré pour sa culture et son savoir-vivre mais dont les citoyens, sont – plus qu’ailleurs – exposés aux vexations répétées, selon Annika Joeres. Un article à lire absolument.

Et maintenant ? “Hors de France, écrit encore Le Temps, on ne peut que chercher à comprendre et respecter le résultat des urnes. Espérer que la crise forcera une nouvelle porte. Un sursaut, un projet, un rassemblement autre que ceux construits sur l’échec et la colère.”

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