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Meurtre dans une mosquée : la réalité de l’islamophobie en France
samedi 3 mai 2025, par ,

Après le meurtre pendant la prière d’un musulman, quels sont les éléments du débat sur l’islamophobie en France ?
Des éléments pour interroger profondément nos valeurs humanistes.
Proposé par Philippe Czapla
Une émission de France Culture publié le mardi 29 avril 2025 à 07:42
À écouter sur :
https://www.radiofrance.fr/francecu...
Depuis le meurtre d’un fidèle vendredi dernier dans une mosquée du Gard, la colère monte contre des réactions politique jugées trop discrètes et un climat ambiant perçu comme propice aux violences anti-musulmanes. Que nous apprend cet évènement tragique de l’islamophobie en France ?
Avec
Hakim El Karoui, essayiste et consultant, co-fondateur du “Club du XXIe siècle”
Kaoutar Harchi, sociologue, romancière
Pour Hakim El Karoui, les intentions de l’agresseur laissent peu de place au doute, quant à une attaque directe contre un musulman. De l’autre côté, il affirme que ce type d’actes pouvait être prévisible : « Ce qui me frappe depuis dix ans, c’est plutôt qu’il n’y ait pas eu d’attaque de ce genre et la résilience de la société française. Il y a eu des attentats au nom de l’islam extrêmement violents, qu’on a tous en tête, et fort heureusement, il n’y a pas eu de groupe ou de déséquilibrés qui en auraient pris prétexte pour tout simplement se venger. Mais cette violence-là arrive et on voit que les autorités sont mal à l’aise. Je pense que la société est mal à l’aise, et la composante musulmane de la société peut-être encore plus parce qu’elle s’interroge sur le manque de soutien. »
L’essayiste explique qu’une peur s’est installée dans la société, menant à un racisme anti-musulman préoccupant : « Il y a de la peur d’une bonne partie de la société française, du fait du passé. Il y a de la peur du côté des musulmans qui s’installent, mais qui va bien au-delà d’une certaine peur physique. Il y a vraiment une question aujourd’hui sur leur place dans la société ? Est-ce que la société leur dit ‘vous êtes des Français comme les autres’ » Ce racisme s’observe également dans la vie quotidienne, par des discriminations dans le monde du travail, dans le milieu scolaire, dans la recherche d’un logement, etc.
Islamophobie en France : silence politique et montée des violences
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Les débats sur la laïcité : une polarisation des positions
Les débats sur la laïcité se multiplient en France, observe Hakim El Karoui : « On a une tradition de discussion autour du fait religieux, mais on a maintenant une tradition de discussion autour du fait musulman. Il y a une polarisation des comportements, comme sur tous les sujets. » Interrogé sur la prégnance de l’islam dans le débat public en France, l’essayiste donne plusieurs raisons, entre les questions de laïcité, les attentats terroristes des dernières années, mais aussi la « difficulté pour les musulmans à s’organiser, pour prendre la parole et se protéger, et donc faire communauté » : « La communauté joue un rôle essentiel et à quel point il n’y a pas de communauté pas chez les musulmans. Mais il y en a, par exemple, chez les Maghrébins, au sens d’un système qui organise et qui prend en charge, notamment les enfants, et cela montre bien la difficulté d’institutionnalisation du culte. »
Invitée dans la deuxième partie, Kouatar Harchi parle d’un “attentat raciste et islamophobe”, concernant l’agression survenue dans le Gard ce week-end. Pour la sociologue, l’islamophobie « participe à produire une racialisation du religieux, c’est-à-dire que la foi, qui est supposée être celle de l’individu en question, est construite comme un marqueur absolu, total et immuable, qui viendraient expliquer ses comportements, ses conduites, etc. Donc il y a un principe d’infériorisation qui est immédiatement produit, un phénomène d’altérisation radicale, qui mène par la suite à des pratiques discriminatoires. » Hakim El Karoui insiste sur le sentiment de rejet d’une partie de la population française et reproche un manque de solution sur le sujet, ajoutant que le meurtre d’un fidèle dans le Gard avait montré un “manque d’empathie de l’exécutif”.
Comment lutter contre le racisme anti-musulman ?
Kaoutar Harchi avance la notion de « colonialité du pouvoir », pour évoquer un racisme systémique et disséminé dans la société, parfois de manière inconsciente : « Il faut analyser le rôle de l’État, à la fois dans sa continuité historique et dans des efforts d’historicisation du temps présent, mais aussi considérer le rôle important que jouent certains médias dans la normalisation politique de l’idéologie islamophobe. » Pour Kaoutar Harchi, la lutte contre un racisme anti-musulman passe par une lutte contre l’extrême droite, c’est-à-dire par « la valorisation des valeurs d’égalité et de solidarité, qui ont disparu du discours politique ».
Hakim El Karoui souligne qu’il y a un usage de l’islam fait par des partis de droite et d’extrême droite, mais aussi par une partie de la gauche. Il ajoute : « L’État n’est pas raciste. Il n’y a pas de politique raciste en France, ni de politique qui discrimine telle catégorie de la population face aux autres. Il faut faire de la politique, tout simplement, en s’inscrivant dans ce qu’est malheureusement le jeu politique actuel, qui n’est pas d’un excellent niveau. Mais il faut venir avec des solutions face aux problèmes que se posent les gens, et imposer ces solutions avec des alliances, des choses concrètes, des actions à mener et une forme de solidarité. »
France Culture
À écouter sur :
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre