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La Lettre culturelle franco-maghrébine n° 107 de Coup de Soleil
vendredi 13 mars 2026, par
Par Michel Wilson et Denise Brahimi
Proposé par Michel Berthelemy
Dans sa toute dernière édition, la Lettre culturelle franco-maghrébine de l’association Coup de Soleil Auvergne Rhône-Alpes nous nous propose de porter un regard sur quelques productions éditoriales et cinématographique récentes, notamment :
France/Algérie, anatomie d’une déchirure, par Thomas Snégaroff et Benjamin Stora, coédition Les Arènes France Inter, 2025
Ce livre est adapté d’un podcast diffusé sur France Inter. Il s’annonce comme la réponse à 45 questions. En fait il est beaucoup plus que cela en ce sens qu’il est très foisonnant et regroupe des matériaux variés dont le plus visible est une grande abondance de cartes, plans et tableaux répartis dans tout le livre.
C’est un aspect de ce qui le caractérise par ailleurs, c’est-à-dire une volonté pédagogique que confirme sa répartition en 6 chapitres dont les titres sont des dates qui se succèdent en ordre chronologique, de 1830 à 2025. Livre d’historiens donc, d’ailleurs bien connus du grand public et ayant valeur de caution.
Cependant d’autres auteurs sont aussi convoqués à la rescousse, parfois célèbres dans l’histoire littéraire, le premier d’entre eux étant Lamartine pour un texte de 1834, bientôt suivi par quelques précisions concernant Victor Hugo.
La réponse aux 45 questions inclut des encarts qui ont valeur de rappel sur des personnages ou des événements, parfois antérieurs au début de la colonisation
(« Les pouvoirs du Dey d’Alger », « Napoléon Bonaparte et la régence d’Alger ») ; même si la date de 1830 est forcément celle du premier chapitre, étant à la fois le point de départ de la conquête coloniale et du récit que le livre en fournit (« Une histoire entamée le 14 juin 1830 »).
Le 6e et dernier chapitre déborde le cadre colonial puisqu’il se situe à la date de 2025. Comme le précise un bref épilogue, la relation entre la France et l’Algérie fait partie d’une histoire vivante et toujours en cours. On pourrait presque dire qu’elle est chaque jour en train d’évoluer, même si —ou justement parce que— la guerre d’Algérie elle-même fait l’objet d’un refoulement officiel et d’une amnésie volontaire
En dehors des encarts explicatifs, le livre comporte aussi des notes marginales portant sur un mot qu’il s’agit d’expliquer (Kouloughlis, orientalisme…) et qu’on peut retrouver dans le glossaire final.
Enfin chaque chapitre se termine par des informations que les auteurs présentent sous le titre à la fois vague et prometteur « Pour aller plus loin ». Ce sont des textes dont la longueur varie entre une ou deux pages et dont certains sont en effet fort suggestifs : on pense à cet extrait du « Journal » de l’écrivain kabyle Mouloud Feraoun, « Le regard de Mouloud Feraoun à la veille de la bataille d’Alger, 1957 ».
C’est donc un ouvrage pédagogique mais sans être pour autant schématique ni réducteur, du fait de la diversité interne des éléments qui le composent. Faut-il ajouter que celle-ci est soulignée par un choix de couleurs (où le vert abonde) qui réjouit l’œil et facilite l’attention.
La galerie des personnages évoqués, avec portraits et informations biographiques sur chacun d’eux, contribue à l’impression de foisonnement. On se dit que cette histoire entre deux pays a englobé un grand nombre de gens, dont beaucoup étaient des personnalités éminentes et dignes d’admiration. Du fait que nombre d’entre eux ont disparu de manière dramatique et prématurée, un autre sentiment s’en dégage, celui d’une sorte de gâchis. S’ils n’avaient pas été de quelque manière écartés de la scène, ils auraient pu jouer un rôle précieux dans l’émergence de l’Algérie et son passage à l’état national. Mais les deux historiens auteurs du livre ont évidemment raison de nous inviter à ne pas fantasmer !
Denise Brahimi
Cette même édition de la Lettre culturelle nous propose également :
« Je te revois, père » par Tahar Bekri, éditions Asmodée Edern, 2026
« « Je te revois, père » ne prend pas la forme de poèmes mais de trois textes inégaux, écrits en prose. Cependant dès l’ouverture du livre et avant le premier texte nous sommes gratifiés d’un poème « Basilic », il est question du père et de la maison où il a vécu. Le fait qu’il s’agisse de prose n’empêche pas qu’on puisse parler d’écriture poétique, à cause du lyrisme qui y est discrètement mais presque constamment inclus ». D. B.
« Confidences tunisiennes » de Marie Nimier, Gallimard, 2024
« La lecture de ce livre (très original) donne le sentiment qu’il y a des affinités remarquables entre les gens de Tunisie et Marie Nimier, d’où les connivences qui sont perceptibles tout au long de ces pages desquelles la tendresse et la malice ne sont jamais absentes. Pourtant il faut bien avouer que rien ne fonde cette impression. Ce n’est pas en Tunisie mais en Chine que Marie Nimier avait d’abord projeté d’écrire ce livre et la Tunisie n’est pour rien dans le choix de sa façon de l’écrire puisqu’elle l’avait déjà découverte auparavant et expérimentée en 2019 dans l’un de ses livres intitulé « Les Confidences » (sans adjectif) qui ne doit rien à la Tunisie » D. B.
« Il fait nuit chez les Berbères » par Mohamed Nedali, roman, éditions de l’Aube, 2025
« Les Berbères dont il est question dans le titre sont des Berbères du Maroc, qui habitent le village de Tizi Ounddame, dans la province du Haouz, au centre-sud du pays ; la grande ville la plus proche est Marrakech, les montagnes du Haut-atlas sont situées plus au sud, et la région dont il est question dans le livre est un îlot berbère préservé à tous égards, c’est-à-dire qu’elle y a conservé sa langue et ses mœurs, du moins jusqu’à la modernisation qui est un fait récent dû notamment à l’essor sidérant du tourisme » D. B.
« Un homme sans titre », par Xavier le Clerc, Gallimard 2022, Folio 2024
« Xavier Le Clerc ne s’appelle pas de ce nom français, son véritable nom est algérien, mais lorsqu’il a compris qu’il lui serait utile voire indispensable d’en changer, il n’a pas hésité à le faire : il tient à n’en rien cacher, libre à chacun d’en penser ce qu’il voudra.
Pourtant ce point est relativement secondaire par rapport à l’objet principal et même unique du présent livre, qui est son troisième. L’homme sans titre dont la photo magnifique est présente en couverture ainsi qu’à la fin du livre est le père de l’auteur, il s’appelait (au passé puisqu’il est mort désormais) Mohand-Saïd Aït-Taleb » D. B.
« Albert Camus d’une rive à l’autre », Direction littéraire Marie-Claude San Juan, éditions unicité, 2026
« Ce livre est un recueil de textes consacrés à Albert Camus par 22 auteurs—soit une somme considérable et forcément variée, encadrée par une préface de Karim Akouche et une postface d’Hubert Ripoll. » D. B.
Enfin, Coup de soleil nous recommande fortement d’aller voir « Le Pont », un film franco-tunisien réalisé par Walid Mattar en 2024
« C’est un magnifique pont à haubans, ce qui veut dire que son tablier est soutenu par un ensemble de pylônes et de câbles, qui donnent à la fois une impression de puissance et de légèreté. Il enjambe le lac de Tunis de telle sorte qu’il relie—ou sépare—les quartiers Nord et Sud de la ville, socialement différents voire opposés. Et rien ne saurait faire que de part et d’autre du pont ils se mêlent l’un à l’autre : c’est tout l’objet du film de Walid Mattar que de le montrer. » D. B.
Pour tout savoir sur le Lettre culturelle et les activités de Coup de Soleil Auvergne Rhône-Alpes : https://www.coupdesoleil-rhonealpes...
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