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La Lettre culturelle franco-maghrébine #96 de Coup de Soleil
mercredi 12 mars 2025, par
Nous avons reçu la Lettre culturelle franco-maghrébine de Coup de Soleil édition 96 du 28 février 2025
par Denise Brahimi
Beaucoup de lectures ce mois-ci, pas moins de 5 à 6 récits ou romans, mais pour commencer par les choses sérieuses nous vous proposons 2 essais, variés, qui retiennent l’attention. Celui de Kaoutar Harchi, « Ainsi l’animal et nous » ne peut laisser indifférent car il est une violente mise en accusation des humains trop humains que nous sommes et de notre propension à traiter les animaux comme une espèce inférieure, non seulement indigne du moindre égard mais encore vouée à assurer quotidiennement notre subsistance. Le livre de Emna Belhadj Yahia, « 80 mots de Tunisie », n’est pas à proprement parler un essai mais il évoque avec un très grand art, de manière très proche et très parlante (!) ce cher pays qui est le sien, dans la forme pourtant déplorable et dégradée qui s’y est installée peu à peu depuis 2011 (que certains croyaient pouvoir appeler la révolution de jasmin).
Entre ces deux essais et les deux notes qui vont suivre sont évoqués nombre de romans, mais il n’est pas excessif d’attirer d’abord l’attention sur l’un d’entre eux tant il est atypique, d’une étonnante force poétique jointe à une extrême crudité. Il s’agit d’ « Aménorrhée » dont l’auteure est l’Algérienne Sarah Haidar. D’autres romans sont aussi des œuvres de femmes, par exemple « Je me regarderai dans les yeux » de Rim Battal, histoire d’une émancipation féminine provoquée par l’indignation, ou « Notre dignité » de Nasrine Slaoui qui raconte de manière convaincante le mélange de racisme et de sexisme qu’elle a subi—d’où sa volonté d’écrire « un livre féministe pour les Maghrébines en milieu hostile ».Qu’elles restent droites et gardent la tête haute, comme la belle Algérienne dont la photo (1890) figure sur la couverture de son livre.
Un ouvrage collectif, « Enfance de filles » fait entendre la voix de 22 écrivaines francophones, revenant sur des souvenirs de leur passé. Beau travail accompli par les éditions Chèvre-feuille étoilée, qui nous font le plaisir de nous les montrer toutes en effigie sur la couverture. Parmi les romans d’homme, « Le coiffeur aux mains rouges » est une histoire de vengeance infligée après l’indépendance à l’OAS, dont le rôle sidérant de violence a laissé des traces indélébiles. Mais dans un genre incontestablement plus léger et plus divertissant, le « Rendez-vous au Mont Saint Michel » d’Ahmed Benzelika nous promène à travers le temps et l’espace de Cordoue l’Andalouse à Ibiza l’île touristique d’aujourd’hui.
Michel Wilson nous dit dans une note tout le bien qu’il a pensé de « La fracture », pièce de théâtre de Yasmine Yahiatène. Et une autre note évoque le travail de Kenza Sefrioui sur « 80 mots du Maroc », riche exploration de la darija ou langue parlée au Maroc, plus savoureuse encore pour qui en a quelques notions.
Et pour finir nous évoquons le film « Alger » qui ne peut que plaire à tout public. Son réalisateur Karim Taleb-Bendiaf a relevé un défi, prouvant par l’exemple qu’un « thriller made in Algeria » est parfaitement possible. Il est vrai que ce thriller, qui vaut son pesant d’angoisse, s’apprécie davantage encore pour ce qu’il suggère du rapport complexe à établir entre la triste période de la décennie noire et celle de l’Algérie d’aujourd’hui.
« AINSI L’ANIMAL ET NOUS » de Kaoutar Harchi, essai, Actes Sud, 2024
Cette sociologue, née à Strasbourg en 1987 de parents marocains, a déjà publié plusieurs livres et l’on ne peut qu’admirer sa virtuosité. Elle mêle avec brio une écriture personnelle à une autre plus chargée d’informations, et on la sent motivée par un grand désir d’être persuasive, tant la cause qu’elle défend lui tient à cœur. Cette cause, on l’a compris dès son titre, est de protester contre une certaine vision des animaux, qui consiste à les considérer comme inférieurs à l’homme. Comme elle le dit sous diverses formes, car elle dispose d’un grand nombre de formules percutantes, il n’y a pas en ce monde des hommes et des animaux qui seraient depuis toujours des espèces distinctes, il y a des humanisés et des animalisés, catégories qui se sont forgées peu à peu et qui sont des fabrications, non des données (.../…)
« 80 MOTS DE TUNISIE » par Emna Belhadj Yahia, Collection de l’Asiathèque, 2024
Les 80 mots de Tunisie qu’Emna Belhadj Yahia a choisis (sans jamais leur consacrer plus de deux pages à chacun) appartiennent à la langue courante usuelle en Tunisie qu’on appelle dérija, étant entendu que chacun des mots qu’elle va commenter est aussitôt suivi de sa transcription en caractères français et assorti de sa traduction. Ainsi a-t-on à la fois le son du mot tel qu’on peut l’entendre dans une conversation entre gens de Tunis et sa signification dont la plupart des lecteurs ont besoin (.../...)
« AMENORRHEE » par Sarah Haidar, Blast, 2025
Et c’est bien de grossesse et de sang qu’l s’agit dans ce livre qui comporte de très nombreuses indications physiques concernant le corps des femmes principalement mais pas seulement car le sperme est aussi très présent (... /…)
« JE ME REGARDERAI DANS LES YEUX » par Rim Battal, éditions Bayard li (littérature intérieure), 2025
D’origine marocaine (née à Casablanca), Rim Battal est aussi très française, elle vit à Paris, elle s’est manifestée aux côtés de Leïla Slimani et son but principal sinon unique, comme on peut le voir dans son roman, est de persuader les femmes marocaines qu’elles doivent affirmer leur liberté, devenir elles-mêmes grâce à la connaissance et à la maîtrise de leur corps sur lequel personne au monde n’a le moindre pouvoir de contrôle ou d’intervention (.../…)
« NOTRE DIGNITE » par Nesrine Slaoui, éditions Stock, 2024
Nul ne peut rester indifférent au livre de Nesrine Slaoui. Elle s’exprime avec une grande force de conviction en se situant sur un double terrain : d’une part, celui des faits et des certitudes fondées sur l’analyse précise voire chiffrée d’un certain nombre de réalités, d’autre part celui de l’expérience personnelle et de l’intimité qu’elle aborde avec un naturel et une franchise assez surprenante. Ses affirmations s’appuient sur beaucoup de références, de modèles, de rencontres (.../…)
« ENFANCES DE FILLES », Parlement des écrivaines francophones, éditions Chèvre-feuille étoilée, 2025
Ce recueil collectif a été écrit avec le concours de 22 écrivaines de langue française. Il bénéficie d’une introduction de Maïssa Bey, qui précise le but d ’un tel livre, écrit, dit-elle, « non pour se souvenir mais pour devenir ». Dans sa préface, Christine Détrez dit que les articles sont écrits « par des petites filles devenues grandes », très jolie formule pour situer chacune des écrivaines par rapport à son enfance, plutôt revécue que remémorée.
Le Parlement des écrivaines francophones ou PEF, qui a été créé en 2017, est présidé par Fawzia Zouari à laquelle on doit l’un des 22 textes, le dernier pour des raisons d’ordre alphabétique ! Il est intitulé « Enfance magique », titre qui met en valeur la volonté d’en finir avec le réalisme documentaire. Mais il s’agit de son choix personnel, plutôt que d’un trait dominant dans le recueil (.../…)
« RENDEZ-VOUS AU MONT SAINT-MICHEL » par Ahmed Benzelikha, éditions Hibr, 2023
l’histoire remonte de plusieurs siècles à travers le temps, on se trouve en Andalousie, aux beaux jours de « l’andalouse et lumineuse Cordoue » et on fait connaissance avec un personnage nommé Andréas, architecte de son état. Sa compétence est telle qu’il est convié à venir travailler loin de son origine, dans un lieu de France situé aux confins de la Bretagne et de la Normandie, le Mont Saint Michel (.../…)
« LE COIFFEUR AUX MAINS ROUGES » par Kébir M.Ammi, roman, Elyzad, 2025
Dans quelle catégorie ranger ce « coiffeur aux mains rouges » ? Etant donné que les événements les plus marquants qui s’y produisent sont deux crimes, aussi horribles l’un que l’autre, sans que l’on sache d’emblée par qui ils ont été commis, on pense évidemment à un roman policier, où il s’agirait de retrouver les deux coupables (qui appartiennent à deux générations différentes (.../…)
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre