Accueil > Autres associations, presse > Annette Beaumanoir. De la Résistance au FLN, une vie pleinement engagée dans (…)
Annette Beaumanoir. De la Résistance au FLN, une vie pleinement engagée dans les combats pour la justice
mardi 7 juillet 2020, par ,
Interview d’Annette Beaumanoir par Thierry Richard, parue dans Ouest-France daté du 19 juin 2020

Résistante à 17 ans, Annette Beaumanoir a été de tous les combats du siècle, jusqu’à celui des indépendantistes algériens. Porteuse de valises, elle a ensuite été membre du premier gouvernement algérien de Ben Bella. Portrait, par Thierry Richard.
Annette Beaumanoir est née en octobre 1923 à Saint-Cast-le-Guildo (Côtes-d’Armor). Sa grand-mère est illettrée du côté de sa mère. Son grand-père est notaire du côté de son père, lequel choisit de vivre parmi les déshérités.
Jean et Marthe, ses parents, partagent un sens aigu de l’égalité et de la justice. « Il faut réagir contre toutes les injustices, voilà ce que mes parents m’ont appris », dit Annette qui les accompagne dans les premières manifestations contre le nazisme. « Je ne m’en souviens pas très bien, mais ça m’a marquée. » L’adolescente s’en souviendra en juillet 1940, lorsqu’elle verra les Allemands marcher au pas de l’oie dans les rues de Dinan. Annette a 17 ans et commence à porter des notes et des paquets au nez et à la barbe de l’occupant. Elle ne s’en rend pas compte, mais elle vient d’entrer dans la Résistance. Un an plus tard, elle file à Rennes, s’inscrit en fac de médecine, milite au PCF et distribue des tracts. Repérée, elle doit partir à Paris où elle rejoint un groupe de jeunes résistants.
Annette Beaumanoir parle d’une voix douce et vive qui impose le silence. Quand elle prend la parole, c’est plutôt la parole qui prend l’auditeur, comme dit joliment sa biographe. En 1944, la jeune femme prend l’initiative de sauver d’une rafle imminente deux adolescents juifs, Daniel et Simone, qu’elle demande à ses parents d’accueillir à Dinan. Une initiative désapprouvée par le PCF qui l’envoie à Lyon.
« Sous-marin » chez les gaullistes
La suite n’est pas moins épique. Elle est « sous-marin » (espionne) chez les gaullistes, commet des vols pour les Partisans, devient membre du comité d’épuration des Bouches-du-Rhône. Roland, son amoureux, tombe sous les balles des miliciens près de Clermont- Ferrand. Elle s’en sort sans trop d’égratignures. La chance. « La vie est souvent une série de hasards. Je fais partie des gens qui ont été épargnés. À la fin de la guerre, j’avais même un peu honte d’être encore en vie. »
Lorsqu’Anne Weber, sa biographe, fait sa connaissance, Annette Beaumanoir est déjà une très vieille dame. Coup de foudre. « J’ai été fascinée par son histoire, mais aussi par le contraste entre cette petite femme et son héroïsme, sa détermination, son courage. C’est une femme d’action, tout le contraire de moi qui suis plutôt une contemplative. »
Anne Weber est une romancière qui vit à Paris et en Normandie, où elle possède une maison près de Coutances (Manche). Mais elle est née en Allemagne, en 1964. « Bien sûr que ça a joué dans ma fascination pour elle. Le nazisme est un fardeau qui pèse sur tout Allemand, même né après la guerre. Ce qui fait que quelqu’un qui s’est opposé au nazisme nous fascine peut-être plus que vous, les Français. »
Quand on lui dit qu’elle est une héroïne, Annette tique un peu. « Ce n’est pas le terme que j’emploierais. Moi, j’ai été appelée par les contingences. » Après la guerre, elle démarre une vie bourgeoise à Marseille, devient médecin, se marie et fonde une famille.
« La cantinière du FLN »
L’intermède sera de courte durée. En 1956, elle a 32 ans et prend fait et cause pour l’indépendance de l’Algérie. Elle ne tolère pas que son pays use de méthodes qu’elle a combattues : la terreur, la torture. « Face au nazisme, j’étais l’opprimée. En Algérie, j’étais l’oppresseur. Je me bats pour que personne n’opprime personne. »
Elle s’enfonce dans la clandestinité, loge des « terroristes », transporte des valises de billets. Trahie, elle est arrêtée en 1959. Enceinte, la « cantinière du FLN » (France Soir) est libérée pour accoucher. Condamnée à dix ans de prison, elle s’enfuit. À Tunis, puis en Algérie où elle participe au premier gouvernement indépendant. Désillusion. Ici aussi, on torture. Le coup d’État de Boumédiène la pousse dehors en 1965. Elle devient médecin à l’hôpital de Genève (Suisse).
Toutes les idées justifient-elles qu’on se batte pour elles, qu’on tue peut-être ? La question ne se posait évidemment pas dans la résistance au nazisme. « Mais fallait-il s’engager aux côtés du FLN ? Je me situerais plus du côté de Camus et de la non-violence », dit Anne Weber.
Annette Beaumanoir concède un regret. « Quand je vois ce qu’est devenue l’Algérie… Sur le moment, je crois que c’était bien de le faire. Mais j’aurais peut-être dû mieux réfléchir. Mon mari me mettait en garde en disant que la religion allait prendre le dessus. » Les désillusions ne l’ont pas empêchée d’avancer. « Ça ne l’a jamais découragée de se battre contre toutes les oppressions », admire Anne Weber. Annette Beaumanoir n’a plus les jambes de ses vingt ans, mais sa capacité d’indignation reste intacte. Aujourd’hui, l’ancienne résistante partage sa vie entre la Drôme et les Côtes-d’Armor, où elle fait la tournée des collèges « pour apprendre aux enfants à être désobéissants quand il le faut ».
Ces derniers temps, elle s’est mobilisée dans son village de la Drôme pour donner un hébergement aux réfugiés qui ont fui la Syrie. Elle croit toujours que le monde peut être rendu meilleur. « Je suis une optimiste génétiquement programmée. » Peut-être le secret de sa longévité.
https://www.ouest-france.fr/culture...
Annette, une épopée, d’Anne Weber,
Le Seuil 2020
Littérature française
Romans
Cadre rouge
Date de parution 12/03/2020
19.00 € TTC
240 pages
EAN 9782021450422
Denis Robert, journaliste d’investigation et documentariste, a réalisé en 2016, avec Nina Robert, « Une vie d’Annette », un documentaire sur la vie d’Annette Beaumanoir, nourri d’entretiens, de témoignages et d’archives.
VIVRE C’EST RÉSISTER : ALGÉRIE, MACRON, GILETS JAUNES, ANTI-SÉMITISME - ANNE BEAUMANOIR 1 juil. 2019
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre
Messages
1. Annette Beaumanoir. De la Résistance au FLN, une vie pleinement engagée dans les combats pour la justice , 24 août, 14:45, par DJELAL
Beaucoup de respect pour cette grande dame ,résistante pendant l’occupation et contre le régime de Vichy , une juste parmi les justes qui a sauvé des juifs de la déportation avec l’aide de son ami Adolfo Kaminsky "le faussaire héroïque " puis son combat pour la justice en Algérie contre le colonialisme et pour l’indépendance de ce pays . Mes grands hommages et aujourd’hui mes condoléances pour cette grande militante issue de la bourgeoisie française néanmoins son idéalisme militant lui fait dire des contrevérités et des appropriés en rapport à son idéalisme qui est respectable mais non réalisable au sortir d’une guerre de libération de 132 années de colonialisme et du devenir de cette nouvelle nation . Tellement accroc au charisme de Ben Bella et dans une atmosphère de crise existentielle post indépendance où son idole s’est octroyer toute la paternité de la révolution pour créer son propre culte de la personnalité au détriment du devenir du peuple et de la nation . Tout le monde avait condamné le coup d’état fait par feu Boumedienne en 1965 et la fin des parades stériles démagogiques dont faisait partie Annette et d’autres Benbelliste , plus tard nous avons compris l’acte de Boumedienne , on ne peut pas bâtir une jeune nation dans la démocratie avec un taux d’ alphabétisation de plus de 85% de la population , un pays divisé par le régionalisme , la langue et la religion , il a combattu tout cela en mettant et les islamistes , les communistes , les kabyles sous silence ,dilué dans un parti unique (donc une pensée unique que je désapprouve personnellement ) mais il fallait passer par là pour arriver en 1971 à un taux de scolarisation à 100% dont le résultat plus tard est de voir des centaines de milliers de hauts cadres universitaires dans tous les domaines , la nationalisation des multinationales étrangères afin de créer des emplois même fictifs mais nécessaire pour résorber le nombre très important de chômeurs ( un algérien sur deux était sans emploi en 1962/65 ). Je comprends la désillusion de cette militante comme l’a été par ailleurs Pierre Bourdieu et Michel Foucault. Certes l’Algérie n’a pas tout réussi , beaucoup d’erreurs ont été commises mais malgré tous les déconvenues surtout une ingérence française néfaste à tout développement l’Algérie resta debout et cela grâce à la résistance du peuple et de son armée populaire (et non des généraux ) que tout le monde critique car sans ces deux éléments, plus d’Algérie comme cela à été fait au Soudan, en Yougoslavie ou en l’union Soviétique (pour ne parler que de ces pays )...la dislocation , la ruine et les guerres ...! Madame feu Anne Beaumanoir mérite néanmoins une reconnaissance pour tout son sacrifice et le soutien à la libération de l’Algérie son nom doit être inscrit sur la stèle des amis de la révolution, son nom ne devrait pas être oublié , occulté par des idéologues Algériens car à un moment ,on lui reproche son hostilité légitime avec les gouvernements successifs après Ben Bella . R.I.P et un grand respect à Anne de Beaumanoir .