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Guerre d’Algérie : des colonies de vacances en Bretagne ont accueilli de jeunes Algériens
mardi 19 novembre 2024, par
Par Manon BOQUEN pour Bretons
Ouest-France
Vertou, Plouescat, Lorient… En pleine guerre, associations, religieux et humanitaires ont accueilli de jeunes Algériens durant les étés de 1959 à 1962, notamment en Bretagne. Des initiatives individuelles et collectives qui ont uni, mais dont il reste très peu de souvenirs.

Pour rejoindre Vertou, il avait fallu prendre le train. Puis le bateau pour traverser la Méditerranée. Et le train à nouveau pour atteindre la banlieue nantaise. “Ce long voyage, c’est quelque chose qui nous a marqués”, dépeint Said Ghiatou. Le natif de Masqueray (Djouab aujourd’hui) n’avait que six printemps quand il est venu passer l’été “en métropole”, comme on disait alors. Avec une cinquantaine de camarades de son village de l’Atlas, il s’est retrouvé en colonie de vacances en Loire-Atlantique en 1960, pendant six semaines. La guerre d’Algérie faisait rage, mais les enfants “d’outre-mer” s’amusaient “de jeux, de promenades… ”, se remémore le chauffeur routier à la retraite. “Même si les souvenirs sont loin, je me souviens d’une visite de Noirmoutier, mais aussi des bonnes sœurs qui s’occupaient de nous et de la gentillesse de ceux qui nous accueillaient.”
Le rendez-vous vertavien a eu lieu deux années, sur l’idée d’anciens appelés, René Noury et Francis Renaud. Ils souhaitaient sortir les jeunes Algériens de l’atmosphère du conflit. Le premier avait par ailleurs enseigné sur place et connaissait le père de Said Ghiatou, alors maire de Masqueray, et celui-ci l’avait aidé à organiser cet échange.
Si cette colonie de vacances était le résultat d’une initiative isolée, elle s’inscrivait néanmoins dans un contexte particulier : celui des jumelages entre les départements métropolitains et les arrondissements d’Algérie. Cette politique était le fait du gouvernement et datait de 1959. Elle se voulait avant tout une opération de “propagande en faveur de l’œuvre sociale de la France vers les populations d’Algérie”, comme l’indique le professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Angers, Yves Denéchère, dans un article consacré au sujet. Tous les départements bretons ont pris part au dispositif.
“Sortir de leur monde”
Certaines institutions ou associations envoyaient par exemple des colis ou tenaient une correspondance, liste le chercheur. D’autres sont allées plus loin en proposant des colonies de vacances aux enfants originaires de l’autre côté de la Méditerranée. On a dénombré 3 266 enfants, ados et accompagnateurs participant à un évènement de ce type en 1960 en France.
C’est ainsi qu’à Plouescat, à Saint-Nazaire ou à Lorient, on relate la venue de ces jeunes avec ferveur dans les journaux. Yves Denéchère partage le compte rendu d’un directeur de l’Office algérien des colonies de vacances de 1960 dans lequel celui-ci témoigne : “Le Breton passe pour être renfermé et hostile à qui n’est pas de sa religion ; aussi l’accueil réservé à nos enfants m’a-t-il surpris agréablement…” Et de s’étonner de la sympathie d’un pêcheur de crabes de Doëlan-sur-Mer et de la kermesse donnée à Plœmeur. L’historien ajoute : “L’organisation et le déroulement des jumelages et des séjours d’enfants montrent un grand décalage entre la guerre psychologique – dont ressortent évidemment les jumelages et les colonies – qui est menée en Algérie et l’humanisme qui est à l’œuvre, tout simplement, en métropole à l’échelle locale.”
Mis à part ces quelques bribes ici et là, les moments vécus par les jeunes Algériens en colo sont tombés dans l’oubli. “Tout se passait bien, j’en garde de bons souvenirs même si c’est loin”, indique le père Jean Levent, qui était animateur pour la colo de Vertou. Le contexte géopolitique ne l’a pas forcément marqué. Il pense que “les enfants étaient sûrement contents de sortir de leur monde”. La fin de la guerre a sonné le glas de la plupart des jumelages. Les liens se sont par conséquent évaporés.
Cette mémoire qui se perd au fil des années crée son lot de frustration, à commencer par celle des jeunes qui ont voyagé à l’époque. Sous plusieurs articles ou publications autour des colonies de vacances se suivent des appels à l’aide pour retrouver l’endroit où se déroulait le camp, des photos ou des noms d’autres participants. Sur le forum de l’association des Anciens appelés en Algérie et leurs ami(e) s contre la guerre, Chérif Boudissa demande par exemple “si votre association détient des photos de cette époque”. Lui aussi s’est rendu à Vertou. “On me parle encore de la colo quand je vais en Algérie”, assure Said Ghiatou. Depuis son voyage d’enfance, il a en effet quitté son village et son pays d’origine pour s’installer à Strasbourg, à 11 ans, avec ses parents. Mais à chaque fois qu’il est passé à Nantes dans son camion de routier, il s’est remémoré cet été d’il y a plus de soixante ans. Loin, très loin de son village natal.
Voir sur 4acg.org :
L’histoire ravivée des petits colons algériens
Voir en ligne : Guerre d’Algérie : des colonies de vacances en Bretagne ont accueilli de jeunes Algériens. Ouest France
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre

Messages
1. Guerre d’Algérie : des colonies de vacances en Bretagne ont accueilli de jeunes Algériens , 21 novembre 2024, 13:17, par Hazati
belle unitiative ce qui nous montre que l histoire de la presence francaise en algerie est vaste