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Guerre d’Algérie. « Pourquoi fallait-il tuer des hommes ?
samedi 16 novembre 2024, par ,
Le 11 novembre, des membres de la 4ACG participaient à une manifestation pacifiste devant le monument aux morts de La Roche-sur-Yon. À cette occasion, Bernard au nom de la 4ACG a lu le texte qui suit, et que le quotidien Ouest-France a publié le 11 novembre dans son courrier des lecteurs.
Gilles Champain (Vendée) :
[…] À 20 ans, j’ai été mobilisé pour le service militaire, sans conscience politique. J’ai rejoint l’Algérie, combattre son peuple colonisé depuis plus de 130 années, peuple qui voulait retrouver son indépendance. Ce sont plus de 1,3 millions de jeunes du contingent qui ont traversé la mer Méditerranée entre 1954 et 1962.
Jeunes citoyens du pays des droits de l’homme, nous sommes allés faire de la pacification. Une opération inédite et déshumanisante, contraire à nos valeurs. Rien à voir avec la soi-disant mission civilisatrice que nos responsables évoquaient pour se donner bonne conscience. […] Les paysans autochtones avaient été expropriés de leurs terres les plus fertiles et chassés vers la montagne par des gens venus d’autres horizons. Traités de sous-hommes et jamais représentés dans les instances, alors qu’ils représentaient 90 % de cette population, difficile pour eux d’accepter de telles injustices. Leur révolte était inéluctable.
[…] Dès mon arrivée dans ce département français, j’ai découvert des actes inhumains de part et d’autre. Fouilles sans respect des personnes et des biens, arrestations de suspects, interrogatoires, tortures et exécutions sommaires, sans jugement. Témoin, voire acteur obligé, je devenais complice. Traumatisé par ce séjour, la honte de raconter, et avec l’éternelle question, que suis-je allé faire là-bas ? Pourquoi fallait-il tuer des hommes ? Impossible de justifier ma présence.
Après vingt-huit mois, je suis revenu au pays, peu fier du devoir accompli. Pendant quarante années j’ai gardé le silence. Au fil des ans, l’enfant que j’étais, devenu majeur, a réfléchi sur cette guerre. J’ai mis du temps pour comprendre les combattants d’en face. Des résistants qu’on surnommait hors-la-loi, alors qu’ils luttaient pour retrouver leur dignité. J’ai deviné leur révolte mais condamné leurs méthodes sanguinaires et barbares à l’arme blanche. Toutefois, en aucun cas cela ne pouvait justifier les nôtres . […]
Difficile pour nos représentants d’assumer cette période sombre de notre histoire. Pendant presque huit ans, ils ont vécu la lente agonie de l’Algérie française pour l’abandonner définitivement en 1962. Mais à quel prix ? Certains nostalgiques, aujourd’hui octogénaires, refusent de reconnaître que notre armée s’est déshonorée.
Témoins et acteurs obligés, nous avons le devoir de raconter les raisons de ce conflit qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts, dont plus de 23 000 jeunes appelés.
La colonisation, c’est la domination d’un peuple sur un autre avec toutes les conséquences que l’on connaît. Certes, la France a modernisé l’Algérie, mais en exploitant les hommes et les richesses de ce pays et en ignorant la grande majorité de ses citoyens.
Au soir de notre vie, qu’on arrête de nous infantiliser en nous faisant croire que l’on défendait nos valeurs. La liberté n’est pas une option, c’est un droit absolu. Il est temps de dire la vérité, d’expliquer pour comprendre ce passé qui ne passe pas. Nous sommes allés en Algérie combattre chez eux des hommes et des femmes qui luttaient pour retrouver leur dignité. La France a failli à sa mission, l’éducation étant la meilleure arme contre la guerre. Ouvrir une école, c’est fermer une prison, disait Victor Hugo.
Tout a été dit sur cette drôle de guerre, il est trop tard pour chercher des excuses. Inutile de brandir des bannières et de distribuer des médailles. À quoi bon se remémorer ce passé sans jamais reconnaître nos erreurs ? […]
Honneur à nos copains qui n’avaient rien demandé, à qui on a volé leurs 20 ans, et à ceux qui ont payé de leur vie pour redonner l’Algérie aux Algériens.
Voir en ligne : Guerre d’Algérie. « Pourquoi fallait-il tuer des hommes ? » Ouest France
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre