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Retour en Algérie : Réflexions d’une étudiante

mercredi 7 octobre 2020, par Anne Doussin

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Il y a deux ans, Mélissa, alors étudiante en droit à Nantes et sur le conseil de son grand-père, est allée avec une amie voir le film «  Retour en Algérie  ».
Choquée par ce qu’elle a vu et entendu elle en a fait part à son grand-père, témoin dans ce film, qui lui a conseillé d’écrire ses impressions.

Impressions suite au documentaire «  Retour en Algérie  »

L’histoire n’est pas qu’une matière dans nos manuels scolaires. C’est le récit d’évènements importants qui ont traversé chaque pays et chaque nation. Nous étudions les guerres. C’est une notion bien distante pour notre génération, j’imagine encore plus pour les 2000. Nous n’avons pas toujours conscience qu’à part des contrôles et des cours parfois ennuyants, l’histoire est fondée sur des véritables évènements.

C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai regardé ce documentaire. Cela m’a permis d’avoir une prise de conscience considérable sur la réalité du monde, des hommes et leur permanent esprit belliqueux. La chose qui m’a le plus marquée reste l’âge de mon papi. Quand il est parti à la guerre, il avait 20 ans. 20 ans c’est l’âge que j’ai actuellement. À aucun moment je n’imagine pouvoir vivre maintenant ce qu’il a vécu lorsqu’il avait 20 ans. Jamais je n’ai connu la guerre. C’est très dur pour moi d’entendre que mon papi que j’aime et que j’admire, ainsi que beaucoup d’autres hommes, ont dû être contraints à vivre ces horreurs.

Hormis cette prise de conscience de la dureté de certains aspects de la vie, j’ai été horrifiée d’entendre certaines paroles prononcées lors du débat. J’étais profondément en colère d’entendre que certains vétérans ont justifié cette guerre. Cette guerre ne peut en aucun cas être justifiée. Le colonialisme est la consécration de l’obsession du pouvoir de l’Homme. Il est inadmissible d’entendre, encore à nos jours, qu’il est normal d’avoir fait une guerre pour s’opposer à leur indépendance. Il est encore plus inadmissible d’entendre que ce sont des sous Hommes. J’étais également absolument désolée et profondément choquée d’entendre tous les traitements qui ont été faits aux femmes algériennes.

J’ai aussi été surprise d’entendre des vétérans s’empourprer et proclamer qu’il n’y avait pas eu que des mauvais actes accomplis par les soldats mais aussi des bons. Dans chaque guerre, il y a des bonnes âmes qui refusent de tuer des hommes. Cependant, dans chaque guerre, il y a des autorités qui n’ont aucun scrupule à user de leur pouvoir, et des soldats, sans pouvoir hiérarchique, qui en payent le prix. Pour moi, l’objet du documentaire était la libération de la parole, la transmission d’un héritage et d’une conséquence à tirer.
Ceux qui prennent la parole, c’est pour s’exprimer et sortir ce lourd poids du passé. Je n’ai trouvé aucune utilité à cette intervention. Ceux qui ont pris la parole pour révéler les atrocités qu’ils avaient vécues ne sont pas des hommes mauvais. Peut-on leur reprocher pour certains d’avoir essayé de sauver leur vie plutôt que celle d’un autre ? Il est abominable d’entendre qu’à la moindre opposition, une menace de mort était faite par leurs pairs. Les vrais coupables, ce sont les hommes qui ont pris la décision de faire guerre. Une phrase d’une des personnes qui s’est exprimée dans le documentaire m’a beaucoup marqué : « Si ceux qui avaient proclamé la guerre la faisaient, il n’y aurait jamais de guerre ». C’est tellement vrai.

Pour autant, si demain notre génération devait faire la guerre, saurions-nous dire non à des autorités supérieures hiérarchiquement ? Je crains hélas que non. L’histoire montre que les mêmes erreurs se répètent et que des esprits mauvais et belliqueux existeront toujours.

Néanmoins, c’est à travers ces témoignages que de jeunes générations peuvent réfléchir sur nos actes passés et sur les choix que nous souhaitons prendre dans le futur. C’est de notre responsabilité de préserver cet héritage et d’en tirer les conséquences, car les personnes qui ont libéré leur parole, ont eu du courage. Même si aucun remord ne devraient peser sur eux, le refus de leur retraite de combattant est un acte fort et juste. Même après une guerre, les revoir retourner en Algérie fait si chaud au cœur. Je suis heureuse et touchée d’avoir pu ouvrir les yeux sur des sujets aussi importants.

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