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Hirak par-ci, Hirak par-là, ça veut dire quoi exactement Hirak ?

samedi 7 décembre 2019, par Michel Berthélémy

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D’où vient le mot « hirak » ? Que signifie-t-il exactement ? Akram Belkaïd, écrivain et journaliste algérien, nous offre un petit voyage aux sources du mot. Passionnant.

Source : Orient XXI, Akram Belkaïd, 15 novembre 2019

Depuis quelques mois, les mouvements qui s’affirment dans le monde arabe ont été nommés hirak. Un néologisme qui prouve que la langue arabe, comme le monde du même nom, vit, manifeste, se transforme.
Hirak, mot arabe, tiré de la racine h-r-k, signifie « mouvement ». C’est une innovation linguistique, même si sa déclinaison n’est pas erronée sur le plan grammatical. Son emploi est néanmoins récent et remonte à 2007 avec la naissance, au Yémen, du Hirak Al-Janoubi, le mouvement sudiste (ou du Sud), une formation politique séparatiste qui s’est dotée en 2009 d’un appareil militaire. Avant l’Algérie, à partir d’octobre 2016, les Marocains du Rif ont aussi utilisé ce terme pour désigner leur mouvement de protestation sociale contre le sous-développement de leur région : al- Hirak al-cha’bi fil Rif, le mouvement populaire dans le Rif.

Du Liban en Irak et au Koweit, le mot fait florès

Depuis octobre 2019, le mot hirak est employé aussi bien au Liban qu’en Irak pour désigner les protestations populaires contre les pouvoirs en place. On retrouve aussi sa trace dans certains comptes-rendus de presse concernant la manifestation de quelques milliers de Koweïtiens contre la corruption, le 7 novembre 2019. Ce terme semble donc faire consensus pour désigner une nouvelle étape dans les soulèvements populaires du monde arabe.
Pourtant, des réserves existent quant à son emploi et à sa généralisation. Des médias comme Al-Jazira ou Al-Arabiya tentent de lui donner une sonorité plus littéraire en prononçant « harak », terme qui, lui, existait déjà. C’est aussi le cas de l’avocat algérien Mostefa Bouchachi, l’une des principales figures médiatiques de la contestation. Employer la forme harak permet ainsi de se rapprocher du terme usuel pour désigner un mouvement politique ou social : haraka. Ainsi, en Algérie, si l’on évoque le mouvement national qui mena à l’indépendance, on emploiera l’expression « haraka wataniya » (mouvement national).
Pourquoi alors utilise-t-on désormais hirak ou harak (termes masculins) plutôt que haraka (mot féminin) ? Impossible de répondre avec exactitude à cette question. On peut supposer que l’intérêt pour ce mot vient du fait que sa prononciation brève et claquante ainsi que sa ressemblance avec le mot hariq, qui signifie brûlant, peuvent induire l’idée d’un mouvement vigoureux et incandescent.

et en Algérie ?

Autre piste : en Algérie, certains avouent préférer hirak à haraka, ce dernier mot étant trop proche de harka, mot tiré de la même racine, qui signifiait « groupe mobile » durant la Guerre d’indépendance. Ces unités étaient composées de « harkis », des supplétifs musulmans de l’armée française en guerre contre le Front de libération nationale (FLN).
Le cinéaste et écrivain Kadour Naïmi s’insurge quant à lui contre ce qu’il considère comme « un terme vague, trop neutre, ‘‘chewing-gum’’, passe-partout » et lui aurait préféré celui d’intifada, c’est-à-dire soulèvement. Un terme, explique-t-il dans son blog Hirak ou intifadha qui « contient l’idée de ‘‘secousse salutaire’’ ». Pour cet auteur, qui fustige aussi le succès de la chanson La liberté du rappeur Soolking dans les cortèges du Hirak, « ce qu’on appelle le mouvement populaire algérien de 2019 est, de fait, un ‘‘soulèvement’’ contre une oligarchie trop prédatrice, afin de se ‘‘secouer’’ de sa léthargie, de se débarrasser des saletés sociales dont il est victime, pour retrouver sa propreté (sa dignité) ». Certes, comme le rappelle Naïmi, ce terme reste très lié à la cause palestinienne, ce qui explique la réticence de nombre d’Algériens à se l’accaparer, même si la presse indépendante le glisse de temps à autre comme synonyme de hirak. En Algérie comme au Liban ou en Irak, on peut aussi relever l’expression « ‘issyane madani », désobéissance civile, « moudhaharate silmiya », manifestations pacifiques, ‘itissam, protestations de rue ou sit-in, sans oublier l’incontournable thawra, révolution. Dans le cas algérien, ce dernier mot n’a pas échappé à l’inévitable qualificatif à usage médiatique qui en a fait, du moins à ses débuts, une « révolution du sourire » tout comme le soulèvement tunisien de 2011 fut appelé « révolution du jasmin ». Des dénominations qui n’ont rien à voir avec la dureté de la répression contre les manifestants. Mais l’expression « révolution du sourire » a très vite été abandonnée par les « hirakistes » qui lui préfèrent celle de « thawra silmiya », la révolution pacifique (le mot « silmiya » vient de la même racine que « salam », la paix). Souvent le qualificatif « silmiya » est transformé en nom utilisé seul : « essilimiya », c’est-à-dire la pacifique. Une manière de marquer le caractère innovant d’un mouvement de contestation qui ne casse rien et qui se contente de marcher et de chanter pour imposer, sans dégâts matériels ni dommages humains — un vrai changement.

Akram Belkaïd, journaliste et écrivain algérien, est aussi journaliste au Monde diplomatique et membre du Comité de rédaction d’Orient XXI, il est aussi chroniqueur au Quotidien d’Oran.

https://orientxxi.info/magazine/hirak,3418


ndlr
Hirak (Algérie) / الحراك / Wikipédia

Messages

  • Hirak est un mot arab classique qui est dérive du verbe trilettre ( le radical) ح ر ك ( haroka ) qui veux dire bouger. Sous la form فعل et comme en arab la forme ( فعال (ف ع ا ل veux dire ( le verbe a l’infinitif ) en interaction avec quelqu’un ou quelque chose, le mot hirak veux dire bouger en interaction avec quelq’un ou quelque chose.
    Autres exemples :
    Verbe radical signification du radical signification du verbe
    كلم كلام parler discussion
    سمع سماع entendre l’ecoute

    Note pour le EL (ال) c’est pour rendre le mot définie comme ( le، la ،les )
    الحراك est donc par définition et le mouvement en interaction.
    Dans notre cas le mouvement populaire et ses revandication, ses manifestation….

  • J’entends régulièrement harikate sur Aljazeera pour mouvement ou parti Taliban.

    Je découvre votre invitation et me vient à l’esprit de vous soumettre ce que je publiais concernant ma conviction que le mot Noel est d’origine arabe. Le voici :

    Paru dans Le Devoir du 12 décembre 2008
    Sait-on que le mot « Noël » n’est pas latino-chrétien mais plutôt arabo-musulman ?
    Hubert Laforge - Ancien recteur-président de l’Université du Québec
    12 décembre 2008IDÉES
    • Idées

    Faut-il parler de débat, de nivellement des différences, d’aplat-ventrisme, de censure ou, moins menaçant, d’inoffensive et amusante joute intellectuelle ? Les mots semblent de plus en plus faire peur. Nos parcours, à ne pas trop afficher. Nos différences et nuances, à estomper et mieux encore à oublier. Crèches anticonstitutionnelles (aux USA).
    Mot Noël à reléguer à l’église (vous voyez que j’ai évité ce mot « temple » que dans nos journaux on emploie trop souvent et indifféremment pour église, mosquée, pagode, synagogue, etc.). Aujourd’hui dans Le Soleil, disparition de Saint-Vincent de Paul comme appellation d’une société vouée à la générosité et au partage. Bientôt, écrit un lecteur certainement à la blague, élimination du premier mot de l’appellation d’un quartier (Saint-Sacrement) de Québec. Ce qui pourra laisser croire aux générations suivantes qu’il fut baptisé, pardon, nommé, pour la glorification d’un sacre, pardon, d’un juron, bien populaire à une époque. Demain, croix du chemin ou de marin (j’en protège une devant « mon » fleuve à Grondines), à laisser pourrir et disparaître ? Profanation, non. Iconoclastie, non plus. Pas chez nous, ce genre de choses, bien sûr. Insécurité historique et culturelle, négligence, ignorance, peut-être. Nuance, les croix à l’Assemblée nationale et à l’Hôtel de ville me mettent mal à l’aise.

    Réflexions sémantiques

    Nombrilisme et oeillères, même dans les milieux savants, sont souvent de mauvais guides. Un petit exemple vient de me sauter aux yeux. J’étudie l’arabe avec une certaine persévérance (10 000 heures, dans le respect de trois lois incontournables que j’extrais de la psychologie et de la neurologie), en particulier pour mieux connaître et établir des ponts avec le monde arabo-musulman. J’ai fait une découverte qui pourra aussi bien amuser les curieux qu’inviter au dialogue.

    Les ouvrages consultés, grands, petits, historiques, encyclopédiques, disent tous la même chose. L’unanimité et le prestige des sources ne seraient pas toujours une garantie de la qualité. Le mot Noël n’aurait pas été mentionné en Europe avant le douzième siècle. Il aurait commencé à s’employer durant l’été, en Espagne (voisinage de plusieurs siècles avec la civilisation arabe), comme expression de salutation et de bons voeux. On écrit (on semble beaucoup se copier les uns les autres, jetez un coup d’oeil vous-même dans le premier dictionnaire) que le mot viendrait de l’évolution phonétique et modification vocalique de l’adjectif latin natalis (relatif à la naissance). Le « o » de Noël aurait résulté de la différentiation des deux phonèmes identiques « a » de natalis ; le tréma se serait ajouté pour marquer la séparation vocale des voyelles « o » et « e ». Et le pauvre « t », lui, comment et quand serait-il disparu ? Silence. Curieux effort explicatif. Et aussi quel jargon pour cacher l’ignorance ou défendre sa thèse. D’autant plus suspect que complexe et incomplet. Autre raison de douter de la neutralité de l’intention, pourquoi a-t-on tellement tenu à faire remonter le substantif Noël au qualificatif natalis plutôt que, plus naturellement, au substantif nativitas (naissance) ? N’aurait-on pas craint alors d’être obligé d’abandonner une origine chrétienne à laquelle on pouvait avoir de bonnes raisons de tenir ? Objectif plaisant, certainement, mais contorsion mentale trop tortueuse pour être convaincante.

    Des origines arabes

    Je propose une explication infiniment plus simple, plus ancienne, plus sûre. On sait qu’en arabe, orthographe et vocalisation ont été fixées, pour ne plus changer, dès le début de l’Islam, au septième siècle. Par contre, les langues européennes, issues de sources variées, dont naturellement le latin et le grec, mais aussi de nombreuses langues plus anciennes et obscures, n’ont cessé d’évoluer. Ce qui fait qu’il est difficile de retracer l’origine d’un mot et de son sens. Pensons seulement à la fixation relativement récente des orthographes […] ainsi qu’à ces tendances encore plus récentes de simplification qui rendront plus difficile que jamais la filiation des mots. En arabe, de telles difficultés n’existent pas.

    Que dit cette langue du mot « Noël » ? Aujourd’hui, pour parler de la fête chrétienne, les arabo-musulmans disent simplement « aïd almiilaad » c’est-à-dire fête de la naissance. C’est plutôt autour de la sonorité du mot qu’il faut orienter son attention. Tout dictionnaire un peu élaboré (Assabil, par exemple, n’est pas le moins utile) expose avec grande précision le sens et les modulations syllabiques de la racine trilitère (excusez-moi, je commence à faire savant) « n-oua-l ». Je fais grâce des caractères arabes parmi lesquels le « oua » est représenté par une seule lettre. Voici, solidement ancré sur cette racine « éternelle » à trois lettres, une liste de quelques mots arabes et leur signification :

    na-ou-la : donner, gratifier, offrir

    na-ou-l : don, faveur, bienfait

    nou-oua-la : cabane, hutte (gentil clin d’oeil à la crèche de François d’Assise)

    naa-oua-la : présenter, tendre, offrir

    On trouve associées à ces mots des variantes (par ajout des préfixes « ma » et « ta » ainsi que des modulations « i » ou « a » de la semi-voyelle « ou »), comme dans :

    ma-na-a-l : obtention

    ta-naa-oua-la : recevoir, prendre, comme dans prendre à manger

    On peut mentionner aussi des noms propres révélateurs :

    ni-ii-l : avantage, profit, Nil (un pays ne s’en considère-t-il pas être le don ?)

    na-oua-l : prénom féminin Naoual signifiant don, faveur

    Il n’est pas nécessaire de s’étendre longuement sur le voisinage méditerranéen permanent ni sur la longue domination culturelle et scientifique du monde arabe sur le monde européen pour imaginer un transfert du mot et de sa signification.

    Joyeux Noël donc aux chrétiens comme aux musulmans (et à l’ensemble du monde qui a largement adopté l’expression et sa période de réjouissance) et par la même occasion, heureux Aïd El Kabir (fête la plus importante pour nos amis et voisins, célébrée cette semaine) !
    Pr. Hubert Laforge, Québec

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